EXTRAIT DU MAG – C’est reparti pour le budget participatif à Paris. Tous les habitants de la capitale, de tous les âges et toutes les nationalités, sont invités, jusqu’au 1er octobre, à voter pour les initiatives de leurs choix. 27 initiatives pour Paris dans son ensemble et 458 pour les arrondissements ont été retenus pour le scrutin. Toutes sont issues des propositions des parisiens.

Rendez-vous pour les curieux  sur budgetparticipatif.paris.

À l’occasion, UP republie un article consacré aux budgets participatifs, à l’origine extrait du N°14 d’UP le mag, sorti en décembre 2016.


Depuis trois ans, une vingtaine de municipalités a mis en place des budgets participatifs pour impliquer les habitants dans le débat public. Mieux à mêmes d’exprimer leurs besoins, ils peuvent proposer et voter en ligne des projets d’aménagement et d’entretien du territoire.

Inventer des nouvelles formes d’hébergement pour les sans-abri. Faciliter l’aide alimentaire pour les personnes démunies. Donner plus de place à la biodiversité sur le bitume… Les Parisiens, à la rentrée 2016, se sont prononcés. Depuis trois ans, ils peuvent proposer des idées d’aménagement du territoire et les départager en distinguant les projets pour le « tout Paris », et ceux concernant les arrondissements. La mairie ne lésine pas sur les moyens. Anne Hidalgo, qui suit ainsi sa promesse de campagne, réserve à ses administrés, sur l’ensemble de la mandature, une enveloppe de 426 millions d’euros, correspondant, chaque année, à 5 % du budget d’investissement.

 Participation en hausse

Et elle n’est pas la seule à sauter le pas. Rennes, Grenoble, Dijon… Cela fait deux ans qu’une vingtaine de municipalités expérimentent la mesure, qui mobilise de plus en plus les habitants. « On peut voir le verre à moitié plein, avec une participation qui augmente à chaque session, sourit David Belliard, conseiller de Paris écologiste (11e arrondissement) et à moitié vide, en soulignant que seuls 5 % de la population se mobilise ! »

Un score peu élevé qui n’étonne pas Antoine Bézard, concepteur du site Lesbudgetsparticipatifs.fr, tant « le désintérêt de la chose publique » est élevé, la crise des institutions aiguë.

Et le communicant politique de poursuivre : « Les dispositifs sont récents et difficiles à comprendre. Il y a une confusion entre budget et financement participatif, avance-t-il. Et proposer, ce n’est pas dans notre culture, contrairement à d’autres pays. »

Qui propose vraiment ?

Alors, tous les moyens sont bons pour tenter d’impliquer les habitants, leur expliquer le concept, les aider à transformer une idée en projet. À Paris, par exemple, avant le vote de la saison 3, la mairie a réservé, en septembre 2016, un petit espace sur la place de la République. Y étaient présents porteurs de projets, représentants d’associations et élus, mais, comme l’a constaté UP le mag, les Parisiens ont manqué à l’appel – à deux pas, le marché vegan rencontrait, semble-t-il, plus de succès…

« Pour toucher plus de monde, il faudrait davantage de réunions et mieux former les citoyens sur les questions budgétaires », estime David Belliard, dont le groupe écologiste a déposé, en novembre au Conseil de Paris, un vœu pour allouer davantage de moyens aux conseils de quartier pour la mobilisation, ainsi qu’aux porteurs de projets pour leur campagne. Car, autant les associations ou les conseils de quartier, qui peuvent proposer au même titre qu’un citoyen, ont l’habitude de porter des projets et de les défendre, les habitants, un peu moins.

Les projets déposés majoritaires sont estampillés « citoyens ». Mais qui les formulent vraiment ? Des militants associatifs, des membres de conseils de quartier, mais aussi des parents d’élèves et autres directeurs d’établissements scolaires, puisque une partie de l’enveloppe budgétaire est consacrée aux écoles, à Paris. Et qu’en est-il des personnes éloignées de la vie de la cité ? Il est difficile de répondre vu qu’il n’y a pas de formulaire complet à remplir pour sauter le pas. En revanche, les municipalités affirment que celles-ci se mobilisent. À Rennes,  par exemple, une adresse mail suffit pour participer. Et la ville, durant la phase du scrutin de la première saison, affirme avoir créé 139 emails lors d’une agora installée dans le centre-ville visant à attirer les badauds. Soit 2 % des votants, qui continueront, peut-être, de participer au débat public… Paris déclare, elle, que 34 % des votants à la saison 3 ont moins de 30 ans et, selon Le Monde, 17 % de ceux qui ont voté en ligne sont des habitants des quartiers dits « populaires ».

Au final, les votants se décident pour les meilleurs projets, ceux qui ont passé toutes les étapes de validation. La première consiste à éliminer les projets qui ne concernent pas les compétences municipales – pas question de proposer un aménagement dans un lieu privé. Ensuite, les services techniques des villes, qui chiffrent, vérifient que les idées n’impliquent pas de piocher dans le budget de fonctionnement, ce qui est éliminatoire. Les propositions trop onéreuses comme celle portant sur la construction d’un pont sont écartées – les participants doivent avoir le choix entre plusieurs suggestions…

Citoyens et majorité,  main dans la main ?

Mais ce n’est pas tout : dans la capitale, les mairies d’arrondissement, en présence des porteurs de projets, fusionnent les propositions plus ou moins identiques, avant qu’une commission ad-hoc, composée d’élus, de représentants de conseils de quartier, d’habitants en élimine d’autres. Pour les porteurs de projets, ça passe ou ça casse… Les élus l’admettent : si un projet est bien localisé et s’il est porté par un groupe d’habitants, il aura plus de chances d’être sélectionné pour le choix final. A Rennes, c’est le comité de suivi, composé d’habitants – en majorité – et d’élus, qui approuvent les projets soumis au vote. « Nous ne pouvons pas en bloquer sous prétexte d’un désaccord, confie-t-on à la mairie. Mais il se trouve que des projets vont dans le sens de la majorité… »

Idem, à Paris, où la majorité incite notamment les écoles maternelles à se mettre à l’éducation et à l’environnement. En 2014, pour la saison 1 du budget participatif, elle a formulé les projets. Et parmi eux figurait une proposition visant à installer… un jardin pédagogique dans les écoles maternelles non pourvues. Les Parisiens ont plébiscité l’idée et validé, ainsi, l’orientation prise par la mairie.

Deux ans plus tard, rebelote ! Les votants ont dit «oui » à un projet pour soutenir les travaux de mises aux normes d’une halle alimentaire dans le 10e arrondissement. Un espace qui aurait de toute façon vu le jour : Paris avait déjà soutenu le principe d’alimentation alternative et le bailleur Paris-Habitat avait désigné l’entreprise de vente de produits fermiers Kelbongoo comme futur bénéficiaire. Toutefois, le résultat est positif dans la mesure où il met un terme à un conflit engagé par des riverains en 2011 qui avaient dit « non » à l’ouverture d’un Monop au même endroit.

Quartiers populaires privilégiés

Pour l’égalité des chances, la mairie réserve une partie de l’enveloppe aux quartiers dits populaires. Un choix qui agace certains. « Des projets avec 11 000 votes n’ont pas été retenus, alors que d’autres avec 6 000 voix l’ont été dans ces quartiers », observe Carole Piedallu de l’association Mieux se déplacer à bicyclette, qui présente en son nom de nombreux projets dans les domaines de transport ou d’espaces verts. Or, comme l’explique Antoine Bézard sur son site, « 30 millions d’euros ont été fléchés vers les quartiers populaires pour l’édition 2016. Les projets peuvent (donc) passer avec moins de votants… »

Tant mieux pour eux : ils n’auront plus qu’à attendre que les projets soient mis en place. Ouf ! Les mairies assurent envoyer des mises à jour régulières aux porteurs de projets. Car, oui, cela peut prendre beaucoup du temps. Lors de la rédaction de l’article, un chantier a débuté dans le 13e arrondissement parisien pour rénover un kiosque à musique. Le projet avait été validé en… 2014.

* Le budget participatif concerne le budget d’investissement, soit les dépenses de construction et de rénovation sur l’espace public. Mais pas le budget de fonctionnement (dépenses et recettes relatives à la gestion courante de la ville, comme la rémunération du personnel)

 

Les premiers pas Le budget participatif est né en 1989 à Porto-Alegre, au Brésil, à l’initiative du Parti des travailleurs. 976 participants en 1990, 18 583 en 2001 : le succès est au rendez-vous. D’autres villes d’Amérique du Sud vont l’imiter, comme au Chili. A San Antonio, par exemple, qui a instauré le dispositif en 2006, « un quart de la population se mobilise » chaque année, relève Antoine Bézard.  C’est en 2001 que Saint-Denis (PCF), en région parisienne, tente l’aventure. Une première en France, avant le boom constaté en 2014.
Le budget participatif en France, c’est…  

  • 25 communes dont 5 villes de plus de 100 000 habitants  (Paris, Rennes, Grenoble, Dijon, Metz) & 13 communes de moins de 20 000 habitants.
  • 84% des mairies tenues par la gauche (PS, EELV – les Verts, divers gauche, PCF) (Source : lesbudgetsparticipatifs.fr)

Cet article est issu de la 14e édition du magazine.

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