Paye Ta Fac, Paye Ta Blouse ou encore Paye Ta Robe, les blogs dénonçant les cas de sexisme ordinaire se multiplient depuis quelques mois. Dans une société où l’égalité femme-homme demeure relative, la dénonciation systématique en ligne des propos misogynes peut-elle avoir une influence ?

« Les filles, elles sont coiffeuses ou infirmières, pas ingénieures. » « Les hommes, une fille qui vous dit oui à la première tentative, c’est une pute. » « Dans un CV mesdemoiselles, votre meilleur atout restera votre décolleté. » Ces phrases misogynes sont légion dans le Tumblr Paye Ta fac, lancé en décembre dernier par des étudiants de l’université d’Avignon. Calqué sur le modèle de Paye Ta Shnek, qui dénonçait, en 2012, les cas de harcèlement de rue, le blog est un recueil collaboratif de témoignages qui entend épingler le sexisme dans les amphithéâtres.

Exemple parmi d'autres des types de témoignages sur Paye Ta Blouse.

Exemple parmi d’autres des types de témoignages sur Paye Ta Blouse.

Depuis quelques mois, c’est une déferlante. De nombreux secteurs voient naître leur propre espace. « Elle a gagné parce qu’elle a séduit le juge », peut-on lire sur Paye Ta robe, qui s’attaque au sexisme ordinaire dans la profession d’avocat. « Ta place n’est pas ici, retourne dans ta cuisine », affiche Paye Ton Sport. Il y a aussi Paye Ton Taf, Paye Ton Journal, Paye Ton Couple… mais la palme du Tumblr aux révélations les plus choquantes revient probablement à Paye Ta Blouse, qui lève le voile, non seulement sur la misogynie en milieu hospitalier, mais sur de graves cas de harcèlement sexuel.

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Anonymat, visibilité et prise de conscience

Au-delà de l’expression d’un ras-le-bol, chaque plateforme participative permet de prouver, dans un secteur donné, l’existence d’un phénomène dont l’ampleur est souvent minimisée. Plus percutantes que les études gouvernementales, elles rendent plus visibles les abus, notamment grâce à un relais médiatique conséquent au moment de leur lancement. Elles créent alors une prise de conscience de la généralisation du problème, de sa répétitivité et de son intensité. Une prise de conscience chez les femmes victimes de sexisme d’une part, qui sortent de l’isolement dans lequel certaines s’enferment, et chez les autres, hommes y compris, qui accèdent à des informations concrètes.

Exemple parmi d'autres des types de témoignages sur Paye Ta Blouse.

Exemple parmi d’autres des types de témoignages sur Paye Ta Blouse.

« Lorsque nous avons commencé à publier nos témoignages, nous avons très vite reçu des messages ou des commentaires pour nous indiquer qu’il fallait aussi créer un Paye ta blouse, un Paye ton képi, un Paye ton cinéma, pour signifier que le sexisme dans le monde professionnel touche tous les secteurs », explique les créatrices de Paye Ta Robe au site Les Inrocks. Autre intérêt majeur des Tumblr, ils libèrent la parole en préservant l’anonymat. La dénonciation en ligne a l’avantage de ne pas mettre en danger les carrières des victimes, comme pourraient l’être des actions plus frontales.

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Vers un changement concret des comportements ?

Car il faut savoir que 95 % des actions en justice pour harcèlement sexuel en France sont rejetées, ruinant au passage les espoirs de pérennisation de poste des plaignantes. Sur les Tumblr, aucune preuve tangible n’est à apporter pour corroborer les témoignages, il n’y a pas de vérification. Mais quel intérêt, en réalité, de mentir dans un témoignage anonyme ? Si, pour l’heure, il est difficile de mesurer l’impact concret de ces nouveaux espaces d’expression, pour Raphaëlle Remy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme, ils bougent les lignes. « Avoir libéré une émotion et une colère fait que l’on peut aller plus loin dans l’analyse, on peut passer aux étapes suivantes qui sont de déconstruire les mécanismes d’isolement des femmes, d’analyser les pratiques, et de pouvoir s’en protéger », explique-t-elle au journal Le Monde.

Ces Tumblr, armes de militantisme numérique, aspirent à transformer les comportements dans la vie réelle et doivent pour cela perpétuellement évoluer selon Anaïs Bourdet, derrière le premier « Paye Ta ». Sur son blog, elles donnent aujourd’hui les clefs pour savoir réagir de la bonne manière si l’on est témoin de sexisme ou de harcèlement dans la rue. Car toutes les créatrices se rejoignent sur la nécessité que chacun s’empare de la question du sexisme et agisse pour y mettre un terme.

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Retrouvez l’article « La mobilisation en ligne change le monde » dans la 7ème édition d’UP le mag

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