Remplacer les incitations à consommer par des œuvres d’art qui éveillent les consciences ? Cette idée défendue par différents collectifs en France commence à faire son chemin.

Le nombre de messages publicitaires auxquels chaque individu est exposé dans une journée varie selon les estimations et les environnements. Certains parlent de plusieurs centaines, d’autres de plusieurs milliers… En tout cas, une chose est sûre, nos espaces urbains sont envahis par la publicité, voire complètement saturés.  Et si, pour respirer un peu, on prenait une dose d’art ?

Cela s’est déjà passé à Montpellier. En juin 2016, les affiches d’une station de tram de la ville ont été remplacées par des œuvres d’art, le temps d’une semaine, à l’initiative de Blended Art Gallery et la plateforme de financement participatif dédiée à l’art Cercle Rouge. Une partie de l’action a été financée par une campagne de crowdfunding.

La vidéo de l’action Art Station à Montpellier

À lire aussi : À Paris, les artistes font de la récup’

Bientôt à Paris ?

Fort de ce succès, Cercle Rouge et le site street-art-avenue.com ont lancé en octobre une pétition adressée à Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France et Anne Hidalgo, maire de Paris, pour réclamer la mise en place d’une opération similaire. Il s’agirait cette fois de compenser les pertes de revenus publicitaires par un apport de fonds publics. Sachant que, selon un rapport financier datant de 2011, cité dans la pétition, les recettes publicitaires représentent seulement 1,5 % du chiffre d’affaires de la RATP. L’appel a recueilli plus de 13 000 signatures.

Valérie Pécresse a répondu à cet appel en rappelant qu’il y avait déjà eu un partenariat entre le Festival « Circulation(s) » de la jeune photographie européenne et la RATP, qui a permis d’afficher des photographies dans 16 stations. Elle affirme vouloir faire un partenariat sur le même mode avec le Fonds régional d’art contemporain d’Île-de-France (FRAC IDF) pour que des œuvres soient exposées au moins une semaine par an. Les auteurs de la pétition, tout comme plusieurs personnes dans les commentaires sous la pétition, s’interrogent toutefois sur le choix d’un acteur aussi institutionnel que la FRAC, et la possibilité de faire participer des artistes non-conventionnels à cette opération.

Du côté de la mairie de Paris, la conseillère municipale Danielle Simonnet (Parti de Gauche), a porté un vœu reprenant les termes de la pétition, lors du conseil municipal du 6 décembre 2016. Ce vœu a été adopté par l’exécutif, par la voix de Bruno Julliard, premier adjoint d’Anne Hidalgo. Il prévoit que la ville de Paris permette l’organisation d’un évènement d’Art Station, mette en place un groupe de réflexion autour de cette initiative et encourage la jeune création, hors-cadre institutionnel. Affaire à suivre…

Le vœu de Danielle Simonnet à Paris

À lire aussi : Empruntez un tableau pour votre salon

Une start-up à Bordeaux

À Bordeaux, la start-up Ôboem s’agite sur le même sujet.  Oliver Moss, 31 ans, et Marie Toni, 27 ans, se sont lancés dans cette aventure de retour d’un voyage à Valparaiso au Chili, où l’art a toute sa place dans la rue. Ils souhaitent eux aussi afficher des œuvres d’art à la place d’affiches publicitaires grâce au financement participatif. « Les donateurs recevront une reproduction de l’œuvre qu’ils ont soutenue », précise Oliver. « On fait le pari de voir si les gens seront prêts à consommer de l’art d’une manière plus altruiste », ajoute-t-il. La startup espère afficher des œuvres à Bordeaux d’ici avril/mai 2017.

Outre-Manche, à Londres, en octobre, le collectif d’artistes Glimpse a usé du même principe pour occuper tous les espaces publicitaires d’une station de métro avec des photos de chats abandonnés, pendant deux semaines. Là encore, la location des espaces publicitaires avait été financée grâce à une campagne de financement participatif, sur Kickstarter.

La méthode douce, quand d’autres artistes font du détournement des pubs une opération à part entière. En 2015, le collectif Brandalism avait détourné près de 600 affiches de pub avec des créations satiriques sur le climat, à l’occasion de la COP21 à Paris. Une campagne percutante qui n’avait coûté que la production des affiches.

L’action de Brandalism à Paris en 2015

Couv_UP11_recentreeCe sujet vous intéresse ?

Retrouvez l’article « Réinventons la ville » dans la 11ème édition de UP le mag

-> Découvrir le sommaire
-> Abonnez-vous pour recevoir ce numéro ou achetez-le dès maintenant !

Info inspirante ?
Avis des lecteurs 14 Avis

Commentaires