Pour construire les premières cités, les hommes ont repoussé le monde sauvage. Mais, au fil du temps, la nature a repris ses droits. Aujourd’hui, elle fait son grand retour à Paris. Dans son documentaire « La plus belle ville du monde », le réalisateur Frédéric Fougea nous montre cette biodiversité foisonnante et insoupçonnée. Interview. 

Saviez-vous qu’à Paris, depuis quelques années, la faune et la flore ont trouvé un nouvel Eldorado ? 3 000 espèces d’animaux sauvages (faucons pèlerins, chouettes hulottes, renards, fouines, hérissons, chauves-souris, écrevisses, etc.) et végétales (orchidées, fougères, ainsi que les plantes et arbres cultivés) peuplent la ville. Un petit monde vivant tout près des hommes sans même qu’ils s’en aperçoivent.

Le réalisateur français Frédéric Fougea, dont les films explorent principalement la relation entre l’homme et l’animal, a tendu l’oreille et levé les yeux au ciel pendant près d’un an et demi pour les observer et raconter leurs fabuleuses aventures. Les animaux parisiens sont ainsi devenus les héros de son nouveau film-documentaire « La plus belle ville du monde ». Sa diffusion est prévue le 1er janvier 2017 sur M6.

UP le mag : Pourquoi avoir décidé de montrer à l’écran ce retour presque inattendu de la nature à Paris ?

L’auteur, réalisateur et producteur Frédéric Fougea @BOREALES-WINDS-TMFS

Frédéric Fougea : Je vis depuis peu sur la Seine, à Paris, où j’ai observé une nature tout à fait étonnante. Cela m’a intrigué alors j’ai commencé à me renseigner. J’ai ainsi découvert qu’il y avait un mouvement important à la fois de la part des animaux pour venir en ville et des citadins pour faire revenir la nature.

La ville a d’abord été construite pour se prémunir du monde sauvage, mais ce conflit qui remonte à 3 000 ans, semble aujourd’hui se résoudre. Ce que montre mon documentaire, c’est que l’homme a notamment compris combien les services que lui rend la nature sont nombreux et vitaux : baisse des températures, diminution de la quantité de CO2 atmosphérique, filtrage de l’air et de ses particules polluantes…

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Comment expliquez-vous ce retournement ? 

D’abord, par une pression positive. Les animaux sont attirés dans la ville par un certain nombre de choses : l’abondance de nourriture, la température et la sécurité. Il y a aussi un important déclencheur, c’est l’abandon des produits pesticides et phytosanitaires en ville. À partir du moment où on arrête d’empoisonner les insectes, ils reviennent. Et avec eux, c’est tout le cycle des êtres vivants qui se remet en place.

Mais aussi par une pression négative, opérée de l’extérieur. Il y a vraisemblablement des facteurs ruraux qui sont défavorables aux animaux sauvages : les pesticides, les poisons, la pression de la chasse, etc. Bénéficiant d’une grande variété de pollen, les abeilles de Paris, par exemple, se portent aujourd’hui mieux que celles des champs. Des reines nées en ville sont même envoyées à la campagne pour les repeupler.

Avez-vous travaillé avec des scientifiques pour réaliser ce film ? 

Samia cynthia. Bombyx de l'ailante. Asie du sud-est. Acclimaté en France. Male dans la ville (Paris).///Samia cynthia. Bombyx de l'ailante. Asie du sud-est. Acclimaté en France. (Paris). @PASCAL GOETGHELUCK

Bombyx de l’ailante. Ce papillon de nuit, importé du Japon au 19e siècle pour produire de la soie naturelle, se reproduit aujourd’hui dans Paris. @PASCAL GOETGHELUCK

Oui. Nous avons bénéficié du soutien des chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle. Grâce aux nombreux travaux de naturalistes et d’observateurs amateurs, ont pu être recensées et analysées toutes les espèces existantes dans la capitale. Les experts de la Direction des espaces verts et de l’environnement, rattachée à la mairie de Paris, nous ont également beaucoup aidés sur le terrain. Ils nous ont guidés vers les animaux, nous ont appris quelles étaient leurs habitudes, etc. Cette matière première a servi à l’écriture du scénario.

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Comment s’est passé le tournage, notamment celui de la séquence sur le faucon pèlerin perché tout en haut de la Tour Eiffel ? 

Celui-ci a duré plusieurs mois. On a d’abord pris pas mal de plans de ces faucons qui se posent et chassent près de la grande dame de fer. Puis, on a fait venir un effaroucheur qui nous a permis de réaliser des plans très rapprochés. On a mis des caméras sur le dos et le ventre de ses deux faucons apprivoisés afin de filmer le faucon pèlerin en vol et être au plus près de lui.

Quel message voulez-vous transmettre aux Parisiens, et aux Français en général ? 

Qu’il faut faire confiance à l’avenir et se dire qu’on peut construire, d’ici quelques années, une ville plus agréable. Il suffit de laisser la place à la nature. Car plus la ville sera verte et mieux on se sentira.

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Retrouvez l’article « Réinventons la ville » dans la 11ème édition de UP le mag

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