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QQue font les collégiens pendant une heure de retenue ? Parfois leurs devoirs, souvent ils s’ennuient. Pour optimiser ce temps perdu, à Jeumont, dans le Nord, une professeure de français propose aux élèves un cours un peu particulier… de relaxation.

Au collège Charles-de-Gaulle de Jeumont, dans le Nord (59), la salle de retenue n’a ni table ni chaise. Presque vide, seuls des tapis de yoga jonchent le sol. Du yoga à l’école ? C’est bien le pari qu’a fait Marie-Aude Lanniaux, professeure de français et référente du réseau FOQUALE, qui cherche des solutions innovantes contre le décrochage scolaire, pour apporter calme et sérénité à des élèves dits « perturbateurs ». Chaque semaine, depuis la rentrée, elle anime auprès de petits groupes de six élèves un cours qui vise essentiellement une détente musculaire, puis mentale.

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Apaisés par le gong

La méthode d’Eline Snel est directement inspirée de la pratique de la pleine conscience élaborée par Jon Kabat- Zinn. @LesArenesEds

Pendant la séance, Marie-Aude Lanniaux demande, par exemple, aux élèves de prendre une grande respiration et d’imaginer une bulle avec de la lumière dedans. « Vous y êtes à l’abri », leur assure-t-elle. Les poings ou les jambes serrés avant de les relâcher, tous l’écoutent, paisibles et réceptifs. « Le but, c’est d’amener du positif dans cette heure normalement dévolue à la sanction, explique la professeure au journal La Voix du Nord. Et à part une jeune fille qui avait du mal à lâcher prise, tous les élèves se prennent au jeu. »

Cette méthode, Marie-Aude Lanniaux l’utilise au début de ses propres cours depuis deux ans. « Une amie m’a parlé de la thérapeute Eline Snel, qui a conçu une méthode de méditation appliquée aux enfants dite de la pleine conscience », précise-t-elle. Sorti en 2012, le livre de cette Néerlandaise, intitulé « Calme et attentif comme une grenouille », explique comment diminuer l’agitation psychique et émotionnelle afin de favoriser l’attention, l’écoute et l’apprentissage chez les enfants. Il a déjà séduit plus de 200 000 parents et enseignants, et changé le quotidien de milliers d’élèves dans 20 pays différents.

Marie-Aude Lanniaux a elle-même remarqué de nets progrès chez des élèves qui ont parfois du mal à canaliser leur énergie. De plus, « ceux qui se montrent généralement réfractaires à tout (l’apprentissage, l’autorité) se révèlent plutôt réceptifs. Quant au cours, il se passe bien mieux. Les élèves sont plus attentifs », se réjouit-elle. Porteuse de mille vertus, la méditation permettrait ainsi aux enfants de mieux travailler. « C’est pourquoi, en France, elle devrait faire partie intégrante de la vie scolaire », affirmait le psychiatre Christophe André au micro de Radio France.

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Résistance

Des freins subsistent pour faire rentrer de manière significative la méditation en classe. L’une des premières raisons est certainement « son aspect novateur », reconnaît Sophie Faure, membre de l’association Enfance et Attention, qui milite pour le développement de la pleine conscience auprès des jeunes, notamment en milieu scolaire. « On a vérifié les bienfaits de la méditation pour les adultes, mais sur les enfants,  on a moins de recul en termes de recherche scientifique. Il manque encore des résultats officiels»

Les méthodes sont aujourd’hui très structurées de manière à ce que l’on ne puisse pas dériver vers des pratiques sectaires

De plus, la « méditation » reste affiliée au domaine religieux, ce qui refrène l’Education nationale. « Or, les méthodes sont aujourd’hui très structurées de manière à ce que l’on ne puisse pas dériver vers des pratiques sectaires. Elles sont délivrées par des personnes ayant reçu des formations reconnues », souligne Catherine Legouail, sophrologue et enseignante méditation de pleine conscience.

Quoi qu’il en soit, la méditation convainc de plus en plus de professeurs dans l’Hexagone. « Nous intervenons, à ce jour, auprès de dix académies. L’agrément est en cours auprès de l’Education nationale. Il s’agirait d’une sorte de carte d’identité, un macaron pour rassurer les directeurs d’école et les parents », rapporte Estelle Faure. L’AME (Association pour la méditation à l’école) enregistre quant à elle 45 à 50 demandes de formation par jour. Catherine Legouail en est persuadée : « Tout va bientôt se mettre en place mais pas dans la précipitation, en toute conscience tout simplement.»

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Retrouvez l’article « Quand l’école s’engage » dans la 9ème édition d’UP le mag

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