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Conflits, persécutions ou raisons économiques, ils sont nombreux à quitter ce qu’ils sont et ce qu’ils font pour effectuer un périlleux voyage migratoire. À l’arrivée, un job alimentaire, parfois bien en deçà de leurs compétences. Et si on profitait de ce vivier de talents venus d’ailleurs ?

L’association La Fabrique Nomade accompagne les artisans migrants dans la valorisation et le développement de leur savoir-faire en France. « J’ai récemment découvert le métier de ma mère qui était brodeuse en Tunisie. Cet échange m’a fait prendre conscience des compétences qui arrivent en France et qui sont complètement ignorées », raconte Inès Mesmar, ethnologue et fondatrice de la structure, créée en janvier dernier.

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Dynamiser l’économie locale en valorisant les savoir-faire

Comme la plupart des artisans, ces personnes ont choisi leur métier par passion, visant un épanouissement créatif, qu’ils doivent sacrifier lorsqu’ils arrivent en France. Car nombreuses sont les barrières : langue, précarité, diplôme, non reconnaissance de la qualification professionnelle, isolement… « Ces personnes s’autocensurent ou font table rase de leur passé professionnel. Beaucoup l’acceptent parce que leur

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La Fabrique Nomade lève les obstacles à l’insertion professionnelle des artisans migrants (crédit : La Fabrique Nomade).

situation est tellement précaire qu’ils se disent : « je n’ai pas le choix, je dois accepter ce qu’on me donne » », précise Inès Mesmar. Ces artisans se trouvent alors rapidement orientés vers des secteurs comme la sécurité, le ménage, le bâtiment ou l’hôtellerie.

Pour autant, chacun possède des aspirations personnelles. Mais la perte de repères, inhérente à la migration, les conduit à dévaloriser leur savoir-faire. « Il faut les aider à se replacer dans ce nouveau contexte économique. Leurs compétences peuvent être valorisées dans une activité et avoir un impact économique sur le territoire », explique l’ethnologue, qui estime qu’elles s’allient aussi parfaitement aux questions de développement durable et de circuits courts. « On a des besoins. La question est de savoir comment les faire coïncider avec les compétences qui nous arrivent ? »

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Des ateliers pour changer de regard sur les migrants

Pour aider ces personnes à retrouver leur estime d’elles-mêmes, pour dynamiser l’économie locale mais aussi pour changer le regard de la société sur les migrants, La fabrique Nomade développe trois actions. L’accompagnement permet de construire un projet professionnel porteur de sens en fabriquant du mobilier et des objets, qui pourront, dans un second temps, être revendus. Enfin, l’association a mis en place des rencontres, des ateliers de pratiques artisanales et des visites scolaires, pour sensibiliser la jeune génération aux valeurs de solidarité, de tolérance et d’ouverture.

Un projet pilote de salarisation de cinq artisans pendant un an est en gestation. « Ils pourront travailler sur leur projet individuel avec des artisans et des designers français, afin de mieux comprendre la langue, le contexte économique, et créer une collection, vitrine de leur savoir-faire », ambitionne Inès Mesmar, qui prévoit de mettre en place une campagne de financement participatif.

Prochain atelier : Voyage d’initiation à la poterie, 27 octobre de 19 h à 22 h, 35 €

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