INTERVIEW – Des JO à Paris et écolos ? Le comité de la candidature parisienne aux JO de 2024 peut en tout cas compter sur un partenariat avec WWF pour s’assurer d’une candidature en accord avec le respect de la planète. Isabelle Autissier, présidente du WWF France, nous en dit plus sur le rôle de son association, à la tête d’un Comité de l’Excellence Environnementale accompagnant la candidature.

  • Quelle sera le rôle du Comité de l’Excellence Environnementale que vous allez présider ?

Isabelle Autissier : Le rôle du  Comité d’Excellence Environnementale sera d’accompagner et de valider la stratégie environnementale de la candidature Paris 2024. Composé de 24 personnalités engagées dans une démarche environnementale (scientifiques, ONG, athlètes, entrepreneurs…), le comité devra enrichir le projet de candidature sur les thématiques de développement durable, notamment orienter la démarche et les thématiques des appels à projets liés à la candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

  • Selon le comité de candidature, les JO peuvent «accélérer la transition écologique». Quelles sont les clés de la réussite d’un tel engagement ?

L’ambition de la candidature de  Paris 2024 est en effet de jouer un rôle d’accélérateur de la transition environnementale. Cela nécessite tout d’abord  que les Jeux permettent la création d’infrastructures répondant d’ores et déjà à des besoins à long terme sur le territoire et pas seulement à l’événement en lui-même.

C’est pourquoi le programme de la candidature prévoit 95% de sites existants ou temporaires et seulement 5% de nouveaux équipements répondant en outre à des besoins exprimés en Ile de France. Les infrastructures temporaires devront quant à elles être réutilisables. La poursuite de l’élaboration de la candidature parisienne devra permettre de garantir que la construction des sites olympiques préserve, valorise, et si possible renforce les trames vertes et bleues environnantes.

L’empreinte carbone des jeux devra être réduite au maximum et viser la neutralité carbone, ce qui nécessitera de travailler sur l’alimentation des sites via des énergies renouvelables. Le choix des matériaux, la gestion des transports et de la mobilité (des athlètes, des visiteurs mais également des marchandises), les questions d’alimentation, la gestion des déchets et leurs recyclages, les innovations numériques sont autant de leviers supplémentaires sur lesquels la candidature devra porter toute son attention.

  • Quelle expertise peut apporter WWF sur ces questions ?

Le WWF dispose à la fois d’une expertise en matière d’écoconception d’événements sportifs et de villes durables. Les différents bureaux du WWF ont ainsi accompagné les Jeux à plusieurs reprises depuis 2006.

Le WWF Italie a notamment contribué à l’évaluation de l’impact environnemental des Jeux d’hiver de Turin et le WWF Royaume-Uni a par ailleurs accompagné les Jeux de Londres en 2012. Pour cet accompagnement le WWF a pu développer et mettre en œuvre notre démarche One Planet Olympics.

Forts de cette expérience nous savons que les Jeux peuvent être une opportunité exceptionnelle d’accélérer le changement au profit de modes de vie associant mieux-vivre et durabilité.

Mise en place en 2005 par WWF Royaume Uni et Bioregional, la démarche mettait en synergie les principes de durabilité du WWF avec les objectifs environnementaux des jeux de Londres. Voici les  principes de One Planet Olympics : Zéro carbone, Zéro déchets, une mobilité durable, des matériaux locaux et soutenables, une alimentation locale et soutenable, une gestion soutenable de l’eau, respect des habitats naturels et de la biodiversité, culture et héritage, commerce équitable, santé et bien-être, lutte contre le changement climatique, lutte contre le gaspillage, intégration des populations, mieux vivre-ensemble. Chaque principe est ensuite décliné pour la préparation et la tenue des Jeux puis après l’événement   compétition pour assurer un héritage positif de l’événement.

  • Les JO de Londres 2012 sont souvent cités comme exemple en matière de gestion environnementale, quelles bonnes pratiques retenez-vous de cet événement ?

Les Jeux Olympiques de Londres ont marqué un tournant en matière environnementale, notamment sur le volet de la réduction de l’empreinte carbone de cet événement international  ou encore sur celui de l’alimentation, ce qui était une première.

  • Lors des JO2012 à Londres, WWF UK avait regretté, dans un rapport, une production insuffisante d’énergie renouvelable et la consommation de nombreux produits dérivés loin d’être éco-conçus. Est-ce des sujets sur lesquels vous souhaitez engager une réflexion ?

A nos yeux, l’idée de chaque candidature doit être d’aller vers des pratiques toujours plus vertueuses sur le plan environnemental, de tirer les leçons des précédentes expériences et de tendre à toujours mieux.

Avec la candidature de Paris 2024, notre souhait est bien entendu d’aller encore plus loin en matière de sobriété énergétique et d’alimentation en énergies renouvelables. Nous ne pouvons par ailleurs qu’appeler toujours plus d’éco-conception dans les cahiers de charges des produits dérivés, ce qui requiert une forte implication des partenaires commerciaux des Jeux en matière de développement durable.

  • BP et BMW faisaient partie des partenaires «Développement durable» des JO2012 à Londres, n’est-ce pas un choix contestable ?

Le WWF Royaume-Uni a en effet grandement regretté le choix de ces deux partenaires. Un choix qui a impacté négativement l’ambition environnementale des JO de Londres. Le choix de ces partenaires a malheureusement été fait à l’encontre des recommandations des équipes du WWF.

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