Comment réduire l’impact de la production de lait et de viande sur le réchauffement climatique ? De plus en plus pointés du doigt, les secteurs de l’élevage se mobilisent, notamment avec deux projets pour l’UE : Life Beef Carbon et Life Carbon Dairy, visant à réduire l’empreinte carbone de l’élevage de 15 à 20% d’ici 10 ans. Décryptage.

Pourquoi Beef Carbon et Carbon Dairy ?

Selon les estimations de la FAO, l’élevage contribue à 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’élevage de ruminants représentant 72 % de ces émissions. Conscient de cette problématique, « l’Institut de l’élevage travaille depuis une dizaine d’années sur la construction d’une méthodologie environnementale », affirme Jean-Baptiste Dollé, chef du service Environnement de l’Institut de l’Élevage. C’est ainsi qu’a été mis en place un outil d’évaluation des impacts environnementaux, CAP’2ER (Calcul Automatisé des Performances Environnementales en Elevage de ruminants).

Poursuivant cette logique, l’Institut de l’Élevage, en partenariat avec les professionnels du lait (CNIEL) et de la viande (INTERBEV) a lancé les projets Carbon Dairy, pour le lait, en juillet 2013, et Beef Carbon, pour la viande en janvier 2016. Il s’agit de projets co-financés par l’Instrument Financier de l’Union Européenne consacré aux projets Environnementaux (LIFE). Si Carbon Dairy se concentre sur la France, le programme Beef Carbon concerne la France, l’Irlande, l’Italie et l’Espagne.

D’où viennent les émissions des élevages ?

«Au-delà de la consommation d’énergie des exploitations, qui représente une faible part des émissions, l’élevage émet du méthane et du protoxyde d’azote. Le méthane, émis par la rumination et les déjections animales, représente plus de la moitié des émissions de Gaz à effets de serre équivalent CO2 des exploitations», explique Jean-Baptiste Dollé.

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Quelles sont les solutions mises en avant ?

Puisque les animaux sont la principale source d’émission, les marges de manœuvre restent limitées. «Mais nous avons identifié un certains nombres de leviers», affirme Jean-Baptiste Dollé. « Nous avons créé un réseau de fermes innovantes qui ont une empreinte carbone 15% à 20% inférieure à la moyenne des exploitations, cela nous a permis d’identifier les bonnes pratiques et d’en déduire les objectifs de réduction des émissions ».

Les pratiques retenues touchent à différents aspects de l’élevage, de l’alimentation du troupeau à la consommation d’énergie. «Par exemple, remplacer le soja issu du brésil de zones déforestées par des intrants à faible impact carbone comme le colza», souligne Jean-Baptiste Dollé, ou encore, « réduire et optimiser l’utilisation d’azote minéral.»

L’autre volet sur lequel la profession veut s’appuyer est le stockage de CO2. «Promouvoir les prairies, assurer une gestion qui stocke du carbone, implanter des haies et des cultures intermédiaires entre deux cultures principales pour réduire les pertes d’azote», détaille Jean-Baptiste Dollé.

BEEF CARBON program

Un autre levier, qui risque de faire tiquer les défenseurs de la cause animale, passe par «l’intensification» de la productivité des animaux. « Produire la même quantité de viande ou de lait mais avec moins d’animaux permet de réduire les émissions gaz à effet de serre du troupeau global», affirme-t-on du côté de l’Institut de l’Elevage. Jean-Baptiste Dollé cite l’exemple de l’âge auquel la vache met bas : avant le premier vêlage, il y a une période improductive qui contribue aux émissions, donc un des objectifs est de réduire l’âge au premier vêlage». Il précise tout de même qu’il y a «des limites en fonction du potentiel génétique des animaux», à partir desquelles l’intensification revient à dégrader l’empreinte environnementale. Il faut donc «chercher l’optimum».

Les programmes Life Beef Carbon et Life Carbon Dairy, d’une durée de 5 ans, ont surtout pour vocation de sensibiliser les éleveurs aux thématiques climatiques, «sur la base du volontariat». «A terme, l’idée est de créer une «bourse carbone» en vendant le CO2 évité sur le marché du carbone pour créer une compensation carbone qui permette de financer les pratiques plus coûteuses», affirme le chef du service Environnement de l’Institut de l’Elevage, lequel aborde la transition avec optimisme : «on sait que d’autres techniques vont se développer dans les prochaines années.»

Cette publication s’inscrit dans une action qui fait l’objet d’un soutien financier de la part de l’Union Européenne. Elle n’engage que son auteur et la Commission Européenne n’est pas responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.

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